David Linx
[chant]
Les vrais hommes pleurent. Au moment où il va fêter ses 60 printemps, David Linx choisitd’affirmer que la sensibilité est une force, 30 ans après
« Up Close », ce piano-voix prophétique qui s’ouvrait sur I Tell My Heart. Une belle constance chez celui dont il faut bien réaliser qu’il est un pionnier sur le continent européen. Si les chanteurs de jazz y abondent aujourd’hui, il n’en était rien en 1988, quand David Linx, qui chante depuis ses 10 ans, délaissait la batterie pour le chant.
Sous la double influence, dès ses débuts, de Betty Carter, championne toutes catégories des castings de pianistes et de Mark Murphy - dont il fut parfois le batteur en Europe - qui concilia bop et poésie, dans « Real Men Cry », David poursuit ses échanges avec le trio de funambulescomposé de Grégory Privat, Chris Jennings et Arnaud Dolmen. En prime, il y excelle en songwriter accompli.
La grande nouveauté ici est la présence, d’un bout à l’autre, comme une seconde voix, du trompettiste Hermon Mehari. Tout sauf une surprise pourtant du côté de David Linx. « J’ai souvent travaillé avec Paolo Fresu, confie-t-il. À mes débuts, quand j’étais encore batteur,j’accompagnais Harry Sweets Edison. Puis, en tant que chanteur, il y a eu Clark Terry, Benny Bailey, Joe Newman Erik Truffaz, Kenny Wheeler…» Et rappelons-nous que l’association trompette-voix, finalement assez rare, a donné lieu à quelques sommets entrés dans l’histoire, il suffit de penser à Sarah Vaughan ou Helen Merrill en compagnie de Clifford Brown, ou plus près de nous, à Norma Winstone avec Kenny Wheeler. Sans compter Chet Baker face à lui-même.
Le choix d’Hermon Mehari pour la trompette ressort de l’évidence pour
David : « Écoutez comment il phrase sur The Growing Stone. Sa mise en place
est splendide de naturel. J’adore comme il transcende la tradition, sans la nier, mais en se projetant dans l’inconnu. » D’autant plus appréciable que l’assise du groupe est on ne peut plus solide : cela fait sept ans que David voyage sur le tapis volant que lui tissent Grégory Privat, Chris Jennings et Arnaud Dolmen. Une présence rythmique imparable que David a admiré chez Shirley Horn « où tout est parfaitement « placé ». Comme chez Michael Brecker, la moindre note y est audible. »
C’est dans un registre de poésie pure que se situe « Real Men Cry ». L’album a été écrit et composé sur mesure pour ce quartet-là, et à ce moment-là de la trajectoire de David Linx. Ils’agit pour lui « de ne pas « jouer » au chanteur de jazz, mais plutôt d’évoquer des émotions. D’ici et maintenant. La nostalgie est le plus grand ennemi des artistes. » Un nouveau répertoire qui s’avère une plongée dans la fraicheur. Y compris pour les quatre compositions empruntées (à Youcef Boukella, Diederik Wissels, Mario Laginha et Grégory Privat), tous les textes sont de la plume de David Linx.
Avec sur le fond une balance très personnelle entre images philosophiques (la maturité assumée) et poésie un brin surréaliste (sa signature depuis toujours). Sur la forme, une conviction : « La syllabe doit accueillir les idées. Exactement comme pour l’improvisation vocale, avec une parfaite exactitude rythmique. » Et aussi une rare justesse des mots pour des images qui incitent à rêver.
En fervent admirateur de Stephen Sondheim, David revendique son statut de songwriter, uneprécision dans le choix des notes et l’artisanat qui consiste à enrichir la mélodie par l’harmonie. « Certes une composition doit pouvoir exister sans le texte, mais elle ne devient chanson que quand on lui associe un texte, qui devient alors le toit de la maison. » De quoi parlent ces chansons ? « Se contenter d’être autobiographique, ce serait un peu fainéant. C’est un travail d’orfèvre entre cadence et rimes. Je n’aime pas la mièvrerie. J’ai envie de joindre la réflexion à l’expérience. »
Si le titre You’ll Always Be Tomorrow évoque James Baldwin, c’est la mère de ce dernier qui répétait à David Linx « Stay in the Light ! », le titre qu’il a finalement donné à la composition du bassiste fondateur de l’Orchestre National de Barbès, Youcef Boukella. Ils avaient collaboré ensemble à un album resté à l’état de maquette suite au départ de David de chez Polydor où il avait déjà enregistré un disque en français, réalisé par Craig Street, sous la houlette bienveillante de Jean-Philippe Allard.
Les quatre compositions empruntées à ses amis instrumentistes - Stay in the Light de Youcef Boukella, This Saturday Song de Diederik Wissels,
Brooklyn de Mario Laginha et I'm Breathing out for the First Time de Grégory Privat - apportent d’autres couleurs, du relief, presque une idée de scénario dans l’architecture de l’album. Pour Brooklyn, le prénom de la fille d’un ami de David joue de l’ambiguïté avec le nom du borough new-yorkais. Il y est ainsi fait référence à la dentelle (lace), jouant à la fois de la connotation féminine et de l’architecture du célèbre Brooklyn Bridge. Avec Half Past Gone, David Linx tourne le dos à la légèreté et aux facilités souvent associées au jazz vocal, pour retrouver l’exigence dutravail qu’il a pu mener avec Diederik Wissels, Ran Blake ou Marc Ducret. Avec comme devise « necompliquons pas ce qui est simple et ne simplifions pas ce qui est complexe ».
Résolument diffèrent, It Ain't Over Till It's Done lui a été inspiré par des funérailles familiales aux États-Unis, une autre dimension à laquelle on accède par la force que l’on ressent quand on chante face à un public afro-américain. Plus léger en apparence, l’exercice de style consistant àcomposer un chorinho (Chorinho para um novo dia), le pari de rester libre harmoniquement sur16 mesures, avec une tessiture large. Une chanson qu’il a mis dix mois à apprendre à chanter.
Pour Resolution Chant, en clin d’œil aux « American Garage » et « From This Place » de Pat Metheny, David Linx retrouve un côté sale, brut, premier degré, qui offre une alternative à la sophistication des lignes croisées. Et encore le désir de se remettre en question pour David avecle fait d’entrer sur le tard sur The Growing Stone, inspiré d’une nouvelle d’Albert Camus. Pour laisser toute sa luminosité au quartet instrumental.
« Être chanteur de jazz, c’est tout sauf confortable. La pure joie de chanter m’a permis de m’inventer et puis me réinventer à chaque fois pour ne pas être invisible. Pour ne pas être dans l’ombre des vocalistes américains. La recherche et l’excellence sont ce qui rendent un/une artiste politique à des moments cruciaux. Je ne remercierai jamais assez Kenny Clarke et James Baldwin dont la présence dans ma vie m’a aidé à prendre conscience de cela. Eux aussi ont eu à s’inventer… ». Aujourd’hui, David porte la flamme.
Alex Dutilh
Michel Rosciglione
[contrebasse]
Contrebassiste reconnu, Michel Rosciglione s’impose comme une figure incontournable du jazz européen, apprécié pour la solidité de son jeu, la finesse de son accompagnement et la richesse de son parcours musical.
Issu d’une famille de musiciens, il débute la musique à l’âge de 16 ans par l’étude de la basse électrique avant de se tourner très rapidement vers la contrebasse. Il intègre le conservatoire d’Antony, où il se forme auprès de Didier Agostino, tout en suivant parallèlement des cours d’harmonie à l’American School of Modern Music. Il obtient son diplôme quatre ans plus tard.
Très tôt, il entame une carrière professionnelle en tant que sideman, d’abord en Italie, puis en France, multipliant les expériences scéniques et les collaborations. Curieux et ouvert, il développe un langage musical solide, nourri par les rencontres et une immersion constante dans les grandes traditions du jazz.
Au fil des années, Michel Rosciglione a partagé la scène et les studios avec de nombreuses figures majeures du jazz international, parmi lesquelles Steve Grossman, Dave Liebman, Archie Shepp, Rick Margitza, Kenny Barron, Eric Alexander, Kurt Rosenwinkel, Sara Lazarus, Bobby Durham, Denise King, Francisco Mela, Hal Singer, Dennis Mackrel, Antonio Hart ou encore Kirk Lightsey. Il collabore également avec de nombreux musiciens européens tels que Stéphane Belmondo, Alain Jean-Marie, Olivier Hutman, Pierre de Bethmann, Giovanni Mirabassi, Flavio Boltro, Laurent Coq, Pierrick Pédron ou David Sauzay.
Il a également eu l’occasion de se produire en jam session avec des artistes de renom comme Roy Hargrove, Jamie Cullum, Jonathan Batiste ou encore Danilo Pérez.
Présent sur de nombreuses scènes internationales, il participe à des festivals prestigieux tels que Jazz à Juan, Jazz à Vienne, Jazz sous les Pommiers, Jazz in Marciac, Umbria Jazz, Jazz and Image à Rome ou encore Tuscia in Jazz.
Michel Rosciglione mène également une activité discographique riche. Il a enregistré plusieurs albums en tant que leader, dont Tribute to Sam Jones (2005) et Moon and Sand (2010), et a participé à de nombreux projets en tant que sideman. On le retrouve notamment sur des enregistrements avec David Sauzay, Jean-Michel Proust (Real Blue), Christelle Pereira (Until It’s Time for You to Go) ou encore Rick Margitza (The Maestro(s)).
Musicien de scène avant tout, il se distingue par une présence sobre et essentielle, au service du collectif. Son jeu, à la fois précis, profond et généreux, fait de lui un partenaire recherché et une valeur sûre du jazz contemporain.
Stéphane Stanger
[batterie et percussions]
Batteur et percussionniste, Stéphane Stanger développe depuis plus de trente ans un parcours musical riche et éclectique, au croisement du jazz, du blues, des musiques traditionnelles et des projets scéniques pluridisciplinaires.
Diplômé du Centre Musical et Créatif de Nancy (CMCN), il s’impose rapidement comme un musicien recherché, capable d’évoluer avec aisance dans des univers très variés. Dès 1997, il rejoint le guitariste de blues Zeb Heintz, avec lequel il enregistre un album à Boston, amorçant une dynamique de concerts et de tournées en France et en Europe.
Depuis 2002, il est membre du groupe Flyin’ Saucers Gumbo Special, formation emblématique des musiques de Louisiane. Avec eux, il enregistre cinq albums et participe à de nombreuses tournées en France, en Europe et aux États-Unis. Le groupe collabore régulièrement avec des artistes internationaux tels qu’Amos Garrett, Sugaray Rayford, Paul Orta ou encore Cédric Watson.
Son parcours est également marqué par des projets artistiques variés. Il intègre le cercle celtique Warleur pour la création Dans ar Vuez, mêlant musiques et danses bretonnes contemporaines (production TF1). Il accompagne pendant près de dix ans la chanteuse Marion Rouxin, avec laquelle il enregistre trois albums, et participe à des projets destinés au jeune public, notamment avec la chanteuse Adèle.
Musicien de scène polyvalent, Stéphane Stanger collabore avec de nombreux artistes et formations : il joue notamment aux côtés du pianiste Pascal Salmon (latin jazz), du pianiste Laurent Genty (jazz et musiques improvisées), et du guitariste Mathieu Crochemore au sein de différents projets du collectif Sulu People. Il participe également à des formations plus larges comme le Big Band Côte Ouest, et a eu l’occasion d’accompagner le big band de Yoshko Seiffer autour du répertoire de John Coltrane.
Son activité s’étend également au théâtre et aux projets transdisciplinaires, notamment avec la compagnie « Les Affranchis », autour des textes d’Anton Tchekhov. Il est aussi membre de la fanfare Blue Note Brass Band et collabore régulièrement avec la chorale de gospel Song of Freedom.
Intermittent du spectacle depuis 1994, Stéphane Stanger partage aujourd’hui son temps entre la scène, le travail en studio et l’enseignement, transmettant son expérience dans différentes structures de formation musicale.
Sur scène, il se distingue par une grande musicalité, un sens aigu de l’écoute et une capacité à s’adapter à des esthétiques variées, faisant de lui un partenaire précieux au service du collectif.
Louise Robard
[chant]
Chanteuse à l’univers riche et pluriel, Louise Robard développe un parcours musical nourri par la curiosité, l’ouverture et une profonde sensibilité artistique.
Née dans une famille de mélomanes, elle se passionne très tôt pour le chant et le spectacle vivant. Autodidacte, elle s’installe en Bretagne en 2009, où elle mène en parallèle des études de théâtre à l’université Rennes 2 et une formation en jazz aux conservatoires de Rennes et de Saint-Brieuc, auprès de Pascal Salmon, Jean-Philippe Lavergne et Jean-Mathias Petri.
Au fil des rencontres et des expériences, Louise Robard construit un univers musical éclectique, explorant le rock progressif, le reggae ou encore la chanson française, avant de s’orienter plus largement vers les musiques issues de la culture afro-américaine. Elle se produit avec de nombreuses formations, en tant que chanteuse lead ou choriste, et se forge une solide expérience de scène, se produisant dans de nombreux festivals et salles en France comme à l’international.
Son répertoire traverse les esthétiques avec aisance : du trio jazz au big band, de la soul au blues, du gospel au funk, jusqu’à la chanson française et bretonne. En 2016, elle enrichit encore son parcours en participant à un programme de formation porté par Trempolino, qui la conduit en Côte d’Ivoire à la découverte des musiques actuelles d’Afrique de l’Ouest aux côtés de Mountaga Diabaté.
Artiste complète, elle s’implique également dans la création, développant des projets où elle compose, écrit et réalise des arrangements vocaux. À travers ses formations — notamment Cut The Alligator (soul funk), BirdBøx (soul folk), Lemontoke (funk) ou encore son duo avec Benjamin Coum — elle explore des thématiques liées aux relations humaines et à la quête de sens dans un monde en mutation.
Aujourd’hui, Louise Robard se produit principalement sur scène avec Cut The Alligator, BirdBøx et Swing That Classic, un projet original mêlant jazz New Orleans et opéra.
Sur scène, sa voix expressive et habitée, portée par une grande liberté d’interprétation, donne vie à un univers musical vibrant, à la fois généreux et profondément incarné.